J’ai passé une simple semaine de vacances à Varadero : quand j’ai voulu partir à New York l’été suivant, mon autorisation de voyage déjà validée ne servait plus à rien

Un Français qui a voyagé ou résidé à Cuba depuis le 12 janvier 2021 inclus doit demander un visa pour entrer aux États-Unis. Une semaine de farniente à Varadero suffit, et l’ESTA obtenu avant le départ peut être annulé après coup.

Aucune durée minimale de séjour, aucun délai d’attente ne permet de retrouver son éligibilité.

À retenir
  • Tout séjour à Cuba après le 12 janvier 2021 rend l’ESTA invalide pour les États-Unis, même rétroactivement.
  • Aucune durée minimale de séjour ni délai d’attente ne permettent de retrouver l’éligibilité à l’ESTA.
  • Seul un visa B1/B2 obtenu à l’ambassade permet de voyager aux États-Unis après un passage à Cuba.

Une loi de 2015, une liste de 2021

Tout part d’un texte voté sous Obama. La loi de 2015 sur le programme d’exemption de visa rend inéligibles à l’ESTA les ressortissants de pays participants qui ont été présents dans un État classé soutien du terrorisme. Le 12 janvier 2021, le secrétaire d’État américain a inscrit Cuba sur cette liste. Depuis, tout voyageur passé par l’île à partir de cette date est exclu du dispositif. Les binationaux d’un pays du programme et de Cuba le sont aussi.

Le calendrier explique le piège. La règle date de 2021, mais le Département de la Sécurité intérieure n’a mis à jour le formulaire ESTA et l’application mobile que le 6 juillet 2023. Si un ESTA déjà approuvé existe et que les douanes américaines (CBP) établissent un séjour à Cuba, il est révoqué. Le voyageur reçoit une notification et peut vérifier son statut sur l’application ESTA ou sur le site officiel.

Les exceptions sont minuscules : militaires et fonctionnaires à temps plein en mission officielle.

Certains espéraient un assouplissement. Le retrait temporaire de Cuba de la liste par l’administration Biden avait fait naître l’espoir d’un retour à l’ESTA pour les voyageurs de l’île, mais le nouveau classement décidé par Donald Trump a ruiné cet espoir et les restrictions restent en vigueur.

Le visa B1/B2, seule porte d’entrée

Inéligible à l’ESTA ne veut pas dire banni. Cette inéligibilité n’interdit pas de voyager aux États-Unis, et les personnes concernées peuvent demander un visa dans n’importe quelle ambassade ou consulat américain. En revanche, sans visa valide dans le passeport, l’admission est impossible. L’ambassade des États-Unis à Paris conseille de déposer une demande de visa temporaire B1/B2 le plus tôt possible avant le départ.

La démarche est plus lourde qu’un formulaire en ligne de quelques minutes. Elle passe par le formulaire DS-160 et un entretien consulaire, avec un délai de 4 à 12 semaines selon un site spécialisé dans les voyages à Cuba. Ce chiffre n’émane pas de l’administration américaine, il donne seulement un ordre de grandeur. Le même site rappelle que même une simple correspondance dans un aéroport américain exige ce visa après un séjour à Cuba. Un vol Paris-Mexico avec escale à Miami ne passe donc pas non plus.

Selon un cabinet d’avocats parisien, toute tentative de contournement se solde par un refus d’embarquement.

Un angle mort pour les voyageurs européens

La règle touche de plein fouet les Européens. Presque tous les pays européens sont inclus dans le programme d’exemption de visa, et leurs ressortissants doivent demander un ESTA depuis 2009. Le Français qui combine l’Atlantique cubain l’hiver et Manhattan l’été suivant découvre le problème au pire moment, au moment de réserver ou d’embarquer. À mon sens, la mesure frappe surtout des touristes ordinaires, bien loin du profil de menace que la loi de 2015 avait en tête.

Côté cubain, rien ne change. Cette règle n’affecte ni l’entrée à Cuba, ni les voyages sans visa vers un autre pays que les États-Unis. Pour qui rêve des deux destinations, le plus sûr est de déposer la demande de visa avant d’acheter les billets pour New York.

Un cas échappe même au calendrier : celui des binationaux franco-cubains. Inéligibles à l’ESTA quelle que soit la date de leur dernier voyage récent, ils n’ont d’autre voie que le visa. Un ESTA qui s’affiche « approuvé » n’y change rien, puisque l’autorisation est révoquée dès que la double nationalité est établie.