Ce prélèvement quotidien n’a rien d’une erreur bancaire : il s’agit des frais de service, une pratique généralisée dans l’industrie des croisières. Il s’agit d’une somme forfaitaire fixe, prélevée chaque jour et pour chaque personne occupant une même cabine, afin de gratifier le personnel de bord. Le prix affiché de la cabine ne couvre donc jamais l’intégralité du séjour, contrairement à ce que beaucoup de voyageurs imaginent au moment de réserver.
La confusion est fréquente, et coûte cher au moment du débarquement.
Cette mesure nous provient des Etats-Unis, où la quasi-totalité des compagnies de croisière possèdent leur siège, et où il est coutume de laisser un pourboire pour accompagner une prestation de service. Une habitude qui n’a rien d’évident pour le croisiériste français, habitué à un service compris au restaurant. Les armateurs ont donc importé ce réflexe culturel américain, en le transformant en ligne automatique sur la facture. Ce basculement s’est fait progressivement, compagnie par compagnie, au fil des années 2020.
- Les frais de service représentent entre 8 et 13 euros par jour et par personne en croisière, prélevés quotidiennement et non inclus au prix affiché.
- MSC et Costa facturent ces frais en supplément du billet depuis 2021-2022, tandis que les compagnies de luxe comme Ponant les intègrent au prix initial.
- Royal Caribbean a augmenté ses tarifs à 18 dollars par jour pour les cabines standard depuis juillet 2025, plus 15 à 18 % de commission supplémentaire au bar.
- La plupart des navires emploient une main-d’œuvre philippine sous pavillon de complaisance, les frais de service comblant un écart salarial structurel.
D’où vient cette ligne qu’on ne voit jamais sur la brochure
MSC Croisières a rendu ces frais obligatoires en avril 2021, avant de basculer vers un règlement à la réservation, et non plus à bord, depuis décembre 2022. Ce changement évite les mauvaises surprises au moment du débarquement. Costa a suivi une logique similaire, en conservant toutefois un règlement en fin de séjour plutôt qu’un prépaiement systématique.
Pour un couple partant une semaine, la note grimpe entre 210 et 280 euros de frais de service, à ajouter au prix du billet.
Le dernier soir à bord, la facture glisse parfois sous la porte de la cabine et révèle une ligne qu’on n’avait pas anticipée, transformant l’addition finale et prenant au dépourvu bien des débutants. Les acteurs grand public, comme MSC ou Costa, facturent ces frais à part, en supplément du billet, ce qui permet d’afficher des prix d’appel attractifs. À l’inverse, les compagnies de luxe comme Ponant intègrent généralement le service dans le prix initial. Deux philosophies commerciales s’affrontent, et le voyageur paie souvent le prix de son manque d’information.
Des tarifs qui varient du simple au double selon la compagnie
Les montants oscillent fortement d’un armateur à l’autre. Chez Costa, le tarif tourne autour de 11 euros par nuitée à partir de 14 ans, contre 5,50 euros pour un enfant de 4 à 13 ans. MSC applique de son côté 10 à 12 euros par jour et par personne sur les itinéraires Europe et Caraïbes. Royal Caribbean, lui, a récemment augmenté ses tarifs à 18 dollars par jour pour les cabines standard depuis juillet 2025, et jusqu’à 20,50 dollars pour les suites.
En moyenne, les compagnies de croisière facturent ces frais de service entre 8 et 13 euros par jour et par personne. C’est précisément dans cette fourchette que se situe le prélèvement de 13 euros évoqué en ouverture, un montant loin d’être exceptionnel dans le secteur.
La note ne s’arrête pas là pour les amateurs de cocktails. Au bar, une commission de service de 15 à 18 % s’ajoute automatiquement à chaque consommation, en plus des frais quotidiens. Ce cumul explique pourquoi certains passagers découvrent, en fin de séjour, une facture bien supérieure à ce qu’ils avaient budgété au départ.
Peut-on refuser ou faire modifier ce prélèvement ?
En théorie, aucun pourboire ne peut être exigé : par définition, cette gratification reste facultative et soumise à l’appréciation du client. Techniquement, il est possible de contester ces frais à bord, en se rendant au bureau d’accueil, et les compagnies acceptent généralement les suppressions ou réductions en cas de service défaillant. Dans les faits, la démarche reste rare, et les compagnies comptent sur cette inertie pour sécuriser leurs revenus. Les demandes de modulation restent exceptionnelles dans la pratique, alors que l’équipage compte sur ces revenus complémentaires.
Refuser systématiquement ces frais n’est pas non plus sans conséquence sur l’ambiance à bord. Cela crée des tensions, et l’ambiance des derniers jours peut en pâtir.
Le contexte salarial explique en partie pourquoi ces sommes pèsent autant dans l’équilibre financier de l’équipage. La plupart des navires de croisière naviguent sous des pavillons de complaisance, enregistrés dans des pays comme le Libéria, le Panama ou les Bahamas, un environnement juridique qui permet d’employer une main-d’œuvre majoritairement philippine avec des salaires de base modestes. Les frais de service viennent donc combler un écart salarial structurel, plutôt que de constituer une simple gratification ponctuelle. Avant de valider une réservation, mieux vaut donc vérifier la ligne « frais de service » dans les conditions générales, et intégrer ce montant, souvent invisible au premier coup d’œil, dans le calcul du budget réel de la croisière.
Sources : croisieres.fr | croisieriste.fr | azur-croisieres.com