Oubliez les longs-courriers : cette île a 20°C en hiver

Quand le thermomètre s’effondre en France, qu’un ciel gris s’impose sur les pavés, la promesse d’une douceur printanière à seulement quelques heures d’avion fait rêver. Inutile de traverser l’Atlantique ou de planifier un long-courrier vers les tropiques : une destination européenne brille discrètement et affiche 20°C tout l’hiver, sans les distances ni le décalage horaire des Maldives ou des Seychelles. Gran Canaria, une des perles de l’archipel des Canaries, s’impose ainsi en alternative chic, avec un atout rarement mis en avant : son patrimoine, son art de vivre – et, particularité qui séduit de plus en plus de voyageurs français, ses adresses luxueuses qui conjuguent histoire et modernité.

À retenir

  • Un hiver à 20°C, sans quitter l’Europe ni subir le décalage horaire.
  • Un hôtel iconique mêlant histoire de la Belle Époque et gastronomie étoilée.
  • Une destination culturelle et durable qui séduit de plus en plus de voyageurs français.

Un hiver à 20°C : la parenthèse canarienne

Les Canaries, groupes de sept îles espagnoles au large du Maroc, profitent d’un microclimat quasi permanent grâce à leur position à la latitude du Sahara. Selon l’Agence météorologique espagnole, Gran Canaria reste l’une des îles les plus douces : de novembre à février, les températures oscillent autour de 20°C, parfois même 22°C sur la côte sud. Ce n’est pas un hasard si, depuis le XIXème siècle, aristocrates, artistes et personnalités en quête d’évasion choisissent cet écrin lorsque le reste de l’Europe retient son souffle dans le froid.

Les touristes hexagonaux redécouvrent ce refuge hivernal. Pas de palmiers en plastique ici, ni de clubs impersonnels en périphérie : certains lieux sont devenus des institutions de l’élégance et cultivent une atmosphère unique, où la douceur climatique rehausse le plaisir du temps retrouvé. Parmi eux, à Las Palmas, capitale animée de l’île, une adresse tire clairement son épingle du jeu. À cinq minutes à pied de la plage de Las Canteras, le Santa Catalina, a Royal Hideaway Hotel, a su préserver cet esprit de refuge sophistiqué, témoin des heures fastueuses de la Belle Époque puis de l’après-guerre, lorsqu’artistes et têtes couronnées venaient « hiverner » sous les palmiers.

Le Santa Catalina : héritage, culture et fine gastronomie

Perché aux abords du Parc Doramas, l’hôtel Santa Catalina distille plus qu’un simple luxe balnéaire. Construit en 1890, à une époque où Gran Canaria se transformait en passage obligé des grandes traversées atlantiques, il s’est érigé en bastion de l’art de vivre à l’espagnole, accueillant des figures mythiques telles que Maria Callas, Gregory Peck, ou encore Ava Gardner. Devenu partie prenante de la mémoire locale, l’établissement a bénéficié en 2019 d’une rénovation vaste, orchestrée pour préserver ses fresques XIXème, ses boiseries précieuses et ses détails architecturaux d’origine. L’ensemble s’harmonise avec des chambres connectées et ouvertes sur la lumière, sans céder à la standardisation des établissements de chaîne.

La distinction n’est d’ailleurs pas qu’une question de décoration. Le Santa Catalina s’est hissé au rang de référence hôtelière espagnole, consacrée « Meilleur hôtel d’Espagne » lors des World Travel Awards 2025. Plus étonnant encore, la table y tient une place d’honneur rarement égalée sur l’île. Deux restaurants arborent une étoile Michelin chacun, offrant deux lectures de la gastronomie canarienne contemporain : chez Poemas by Hermanos Padrón, la mer et les produits locaux se déclinent en créations inventives et subtiles, tout en s’ouvrant à des influences méditerranéennes. Muxgo, animé par le chef Borja Marrero (originaire de Gran Canaria), décroche une étoile. De plus, la première étoile verte Michelin de l’archipel, récompensant son engagement pour une cuisine durable et enracinée dans le terroir insulaire.

Quitter la salle et flâner dans les patios du Santa Catalina donne l’impression étrange d’avoir pénétré un musée vivant. Les couloirs exposent œuvres d’art et peintures murales d’époque, mais l’hôtel reste bien ancré dans le présent, décloisonnant art, détente (spa haut de gamme), et soirées culturelles. La plage de Las Canteras, véritable institution chez les locaux, accueille aussi bien des flâneurs que des nageurs tout l’hiver ; alors que le parc Doramas offre, à quelques pas, l’ombre de ses lauriers d’Inde et de ses fontaines, loin du tumulte de la ville.

Pourquoi ce choix séduit de plus en plus de Français ?

Face à la volatilité du prix des billets d’avion long-courrier et l’incertitude persistante autour des déplacements transcontinentaux, les îles Canaries profitent d’une carte inattendue : un climat d’été en hiver, à moins de quatre heures de vol direct depuis Paris ou Lyon. Pas besoin de visa, pas de conversion monétaire, une sécurité sanitaire rassurante – la zone euro, sans saut de fuseau horaire : le dépaysement sans fatigue. Le Santa Catalina ne se contente pas de l’accueil traditionnel des grands hôtels : il multiplie les expériences locales, du brunch inspiré de la tradition canarienne au rooftop cocktail qui toise l’Atlantique, en passant par des ateliers bien-être et des visites guidées du quartier historique de Vegueta.

Loin de l’image carte postale classique, Las Palmas s’impose en ville de culture vibrante, avec musées, marchés et vie nocturne. Le Santa Catalina sert de pont entre ces influences, ouvrant ses salons à des expositions ou des concerts, tout en offrant le calme de ses jardins privatifs. Pour les voyageurs français qui cherchent à conjuguer climat doux, expériences culturelles et gastronomie étoilée, l’île de Gran Canaria et cette adresse en particulier composent une équation singulière, moins saturée que les hubs internationaux comme Dubaï ou Miami.

Entre parenthèse sensorielle et nouvelle donne touristique

Atteindre ce niveau de service et d’élégance loin de la Péninsule n’allait pas de soi pour les Canaries. Mais la mutation récente du secteur hôtelier, porté par le retour en force du slow travel et l’intérêt croissant des visiteurs européens pour des destinations mêlant charme, héritage et durabilité, pousse des établissements comme le Santa Catalina à se réinventer. Anecdote à méditer : en 2025, selon les statistiques publiées par Turismo de Canarias, plus de 30% des visiteurs de Gran Canaria en hiver sont des Européens de l’Ouest ayant opté pour un séjour hors vacances scolaires, misant sur la tranquillité et la qualité plutôt que sur le volume ou l’effet « all inclusive ».

Alors que la mondialisation des vacances ensoleillées montre ses limites, il devient tentant de privilégier des lieux à taille humaine, accessibles en quelques heures… et où l’hiver, pour une fois, ressemble à un joli printemps. L’île de Gran Canaria, avec ses 20°C réguliers quand la France grelotte, s’impose-t-elle comme la nouvelle escapade préférée des amateurs de chaleur, de culture et de traditions culinaires ? Reste à savoir si cette ruée vers la douceur se fera sans dénaturer l’esprit singulier de ces adresses, véritables joyaux de l’hôtellerie européenne.