On voit ses paysages partout au cinéma sans jamais savoir où ils sont

Impossible d’ignorer la silhouette de Háifoss jaillissant sur grand écran : avec ses 122 mètres de haut et sa double chute d’eau, cette cascade du sud de l’Islande a marqué le dernier épisode de Stranger Things, série phénomène dont la conclusion en 2025 aura réuni plusieurs dizaines de millions de spectateurs à travers le monde. Pourtant, combien de cinéphiles seraient capables de situer précisément ce décor dont l’irréalité semble sortie d’un rêve polaire ? L’Islande peut s’enorgueillir d’une autre performance : servir de toile de fond à quelques-unes des séquences les plus marquantes de la pop culture internationale, tout en gardant pour beaucoup une forme d’anonymat mystérieux.

À retenir

  • Háifoss, cascade islandaise, éblouit dans Stranger Things sans que son emplacement soit connu.
  • L’Islande attire depuis des années des tournages majeurs grâce à ses paysages uniques.
  • Le tourisme cinématographique transforme la destination et fascine les voyageurs français.

Un écrin naturel très prisé des productions mondiales

Háifoss illustre à la perfection cette complicité entre paysages islandais et grandes productions. Perchée au cœur de la vallée de Þjórsárdalur, à deux heures de la capitale Reykjavik, la cascade impressionne par son accès : une piste de gravier réservée aux véhicules 4×4 mène à ce site où la rivière Fossá creuse un canyon spectaculaire. Les voyageurs peuvent rejoindre Háifoss l’été lors de circuits organisés, souvent combinés avec les montagnes colorées de Landmannalaugar et des pauses baignade dans des sources chaudes naturelles, expérience typiquement islandaise.

Les frères Duffer ne sont pas les seuls à succomber aux charmes de ce décor brut. Depuis plus d’une décennie, l’Islande attire les caméras du monde entier. Plusieurs scènes emblématiques de Game of Thrones, telles que les terres au-delà du Mur, la fameuse grotte de Jon Snow et Ygritte ou encore la Porte Sanglante, ont été tournées dans le nord et le centre du pays. Le glacier Mýrdalsjökull, celui de Svínafellsjökull ou encore les formations de lave presque lunaires de Dimmuborgir, près du lac Mývatn, comptent parmi les plus reconnaissables. Des excursions partent chaque été de villes comme Akureyri pour rallier Goðafoss, Grjótagjá et les bains naturels extérieurs de cette région, célèbre pour ses contrastes géothermiques.

Le cinéma hollywoodien lui-même ne tarit pas d’éloges sur les décors islandais. À commencer par le lagon glaciaire de Jökulsárlón, vu dans Die Another Day (James Bond), où une inoubliable poursuite sur la glace fut rendue possible à l’époque grâce à un barrage temporaire empêchant le gel du lagon. Depuis, la fonte du glacier a modifié le paysage, mais la magie opère toujours, aussi bien dans Interstellar qu’au détour des premières saisons de Game of Thrones. Impossible de confondre cette vision irréelle de blocs de glace dérivant sur des eaux turquoise, souvent peuplées de phoques curieux.

Tourisme cinématographique : une stratégie assumée

L’agence officielle Visit Iceland, bras promotionnel de Business Iceland, a résolument misé sur cette identité cinématographique pour attirer les visiteurs. L’opération séduction cible autant les fans de séries internationales qu’amateurs de paysages spectaculaires. Les circuits thématiques sur les traces de James Bond, des héros de Game of Thrones ou des voyageurs d’Interstellar prolifèrent dans l’offre touristique. Le dernier spot publicitaire de Visit Iceland détourne même les codes de Hollywood, surfant avec humour sur la vague du “set-jetting” – entendez par là le voyage motivé par les lieux de tournage favoris d’un film ou d’une série.

Visit Iceland / Business Iceland - Photo officielle

La stratégie porte ses fruits : selon les derniers chiffres disponibles, l’Islande a accueilli plus de deux millions de visiteurs internationaux en 2025. Un chiffre considérable au regard de la population locale, autour de 380 000 habitants d’après Statistique Islande. Près de 40% des voyageurs s’intéressent spécifiquement à la dimension cinématographique ou à la découverte de ces sites mis en lumière par le petit et le grand écran. Ce positionnement n’est d’ailleurs pas isolé. L’Écosse (Outlander), l’Irlande du Nord (Game of Thrones) ou encore la Nouvelle-Zélande (Le Seigneur des Anneaux) rivalisent sur ce créneau, mais aucun autre pays européen ne concentre autant de décors naturels exploitables sur une superficie aussi réduite.

Un marché concurrentiel, une accessibilité en progrès

Face à cette concurrence, Visit Iceland ajuste son offre. Les excursions collectives s’étoffent chaque saison, intégrant des circuits aventure nécessitant des guides aguerris, ou des propositions plus douces mettant l’accent sur la baignade et la photographie. La question de l’accessibilité reste centrale : la plupart des sites iconiques, dont Háifoss ou les glaciers, exigent un SUV ou une excursion organisée tant les routes secondaires restent imprévisibles. Pour répondre à la montée en puissance du tourisme, la destination-de-2026/ »>destination a doublé le nombre de guides agréés ces cinq dernières années et renforcé la pédagogie autour de la préservation des sites, une exigence renforcée par la popularité soudaine de certains lieux fragiles.

Visit Iceland / Business Iceland - Photo officielle

Du côté des prix, l’Islande reste dans le haut de gamme européen : un circuit d’une journée vers Landmannalaugar-Háifoss proposé en 2026 s’affiche autour de 200 à 250 euros par personne selon les prestations. Les autotours séduisent ceux qui préfèrent gérer leur rythme, notamment au nord du pays à la découverte de Goðafoss, Dimmuborgir ou du lac Mývatn, mais avec un coût logistique non négligeable pour la location du 4×4 et l’hébergement en pleine nature. Les visiteurs sont conviés, accessoirement, à consulter les détails des offres via le site officiel de Visit Iceland, où les actualités du secteur sont régulièrement publiées.

Ce que ça change pour les voyageurs français

La montée en puissance de l’Islande comme “star de cinéma” modifie radicalement les envies d’évasion des Français. Habitués aux circuits culturels classiques, de plus en plus de groupes ou de familles partent sur les traces des séries et blockbusters, décloisonnant le voyage autour d’une expérience immersive. Sortir du simple rôle de spectateur pour fouler les mêmes champs de lave que Jon Snow, plonger dans une source déjà vue sur Netflix ou observer un glacier à la manière de Matthew McConaughey dans Interstellar, procure une émotion singulière.

Visit Iceland / Business Iceland - Photo officielle

Le phénomène n’est pas anecdotique : la France figure désormais dans le top 5 des pays visiteurs, devant l’Italie ou l’Espagne, pour les circuits liés à l’imaginaire du cinéma. Les agences spécialisées voient leurs pré-réservations bondir, dès l’annonce d’un nouveau décor à l’écran, comme après la révélation de Háifoss pour la conclusion de Stranger Things. Ce type de voyage mixe à la fois exploration géographique, souvenirs de fiction et quête de dépaysement. Cela invite à repenser la relation aux territoires, entre respect d’écosystèmes fragiles et envie de “vivre sa propre scène”.

Visit Iceland / Business Iceland - Photo officielle

Au fond, qui n’a jamais rêvé de dévoiler le secret d’un décor “jamais vu ailleurs”, de replacer une image spectaculaire sur une carte – ou même de croiser, au détour d’une piste volcanique, l’équipe d’un tournage en cours ? L’Islande n’a pas fini d’alimenter les imaginaires – ni les carnets de voyage, bien réels cette fois.