À moins de trente minutes de Draguignan, les gorges de la Nartuby, autour du village perché de Châteaudouble, cachent encore des vasques d’eau claire alimentées par une résurgence souterraine. Contrairement à la plupart des rivières varoises à sec en plein été, ce site conserve un débit suffisant pour la baignade, avec un accès en voiture gratuit depuis les hameaux de Châteaudouble ou de Trans-en-Provence.
À retenir
- Pourquoi cette rivière reste baignable quand toutes les autres du Var s’assèchent en plein été
- Un secret géologique qui maintient l’eau à 18°C malgré les canicules provençales
- Les pièges cachés à connaître avant de descendre dans les gorges
Un canyon secret creusé par une rivière capricieuse
La Nartuby n’a rien d’un long fleuve tranquille. Elle est l’affluent du principal fleuve du département du Var, l’Argens, longue de 33 km et couvrant un bassin versant de 220 km², traversant sept communes dont Montferrat, Ampus, Châteaudouble, Draguignan, Trans-en-Provence, La Motte et Le Muy, prenant sa source sur la commune de Montferrat à 575 mètres d’altitude. Un parcours qui explique la violence parfois inattendue de ce cours d’eau, capable de passer d’un filet paisible à un torrent en quelques heures d’orage.
Les gorges présentent un dénivelé d’environ 150 mètres, offrant un spectacle grandiose autour de Châteaudouble, avec la cascade du Saut du Capelan, haute de 30 mètres, comme l’un des joyaux du parcours. Le village lui-même, surnommé le « nid d’aigle », domine ce décor minéral depuis des siècles. Une légende locale, attribuée à Nostradamus, prédisait même que la rivière deviendrait le tombeau du village, tant l’érosion des falaises inquiétait déjà à l’époque. Aujourd’hui, ce sont surtout les randonneurs et les baigneurs qui viennent chercher la fraîcheur de ces gorges classées, loin de l’agitation du littoral varois en août.
Pourquoi l’eau reste fraîche quand tout le reste s’assèche
Le secret tient à l’alimentation du site. Les Gorges de Châteaudouble dévoilent des vasques naturelles aux teintes bleu laiteux, alimentées par une résurgence souterraine, dans un environnement sauvage fait de falaises abruptes et de végétation méditerranéenne. Cette résurgence, contrairement à un ruisseau de surface qui chauffe vite sous le soleil provençal, maintient une température nettement plus basse que l’air ambiant. C’est ce genre de phénomène géologique qui permet à certains coins de rivière de rester baignables alors que d’autres, à quelques kilomètres, sont réduits à des cailloux secs.
La baignade n’y est pas interdite, mais elle demande un minimum de prudence. L’été permet la baignade dans certaines vasques, mais il faut surveiller la météo car les orages peuvent provoquer des crues soudaines ; la baignade n’est pas interdite mais reste aux risques et périls de chacun, le débit variable de la Nartuby pouvant rendre certaines zones dangereuses après des pluies, mieux vaut donc privilégier les vasques naturelles bien connues et jamais seul. Les inondations de 2010 ont laissé des traces profondes dans le paysage local, un rappel que ce cours d’eau au caractère torrentiel peut se réveiller brutalement, même en pleine canicule estivale.
Accès, parking gratuit et petits pièges à éviter
Concrètement, deux points d’entrée permettent de rejoindre le site sans payer le moindre euro de stationnement. La voiture reste le moyen le plus pratique pour accéder aux gorges, avec des parkings disponibles à Châteaudouble et à Trans-en-Provence, points de départ des sentiers menant aux plus beaux panoramas. Depuis Draguignan, comptez une vingtaine de minutes de route pour rejoindre l’un ou l’autre de ces villages, ce qui colle bien à l’idée d’une escapade de moins d’une demi-heure.
Une précision s’impose toutefois pour ceux qui viendraient avec l’idée de grimper les parois environnantes : l’escalade est interdite sur l’ensemble de la commune par arrêté municipal. Rien à voir avec la baignade, mais autant le savoir avant de sortir le matériel. Autre détail pratique glané auprès des pêcheurs locaux, qui connaissent le site par cœur : sur 1500 mètres de linéaire, les eaux claires de la Nartuby qui s’écoule dans ces gorges abritent une population de truite fario, de vairon et de barbeau méridional, dans une densité qui reflète la grande qualité de l’eau. Un indicateur biologique qui rassure sur l’état sanitaire du cours d’eau, même si aucune analyse officielle de baignade n’y est publiée, contrairement aux plages surveillées du littoral.
Et si Châteaudouble ne suffit pas, deux alternatives à connaître
Le Var regorge d’autres canyons du même acabit, avec des règles parfois très différentes. Les Gorges de Pennafort, à Callas, à une vingtaine de minutes de Draguignan également, séduisent par leurs vasques rougeoyantes creusées dans la roche volcanique. Mais la baignade y est officiellement proscrite depuis longtemps : la baignade y est interdite par arrêté municipal depuis 1996, même si beaucoup de personnes continuent de s’y baigner, et le parking reste gratuit, situé juste après l’hostellerie des Gorges de Pennafort. Autre limite de taille : le site s’assèche vite dès les premières chaleurs, ce qui le rend surtout intéressant au printemps.
Du côté de Bagnols-en-Forêt, les Gorges du Blavet offrent un décor spectaculaire de roche rouge, façon petit Colorado varois, avec là aussi un parking gratuit qui permet d’accéder rapidement aux gorges, aux chemins de randonnée et à la grotte du Mueron. Mais la baignade y déçoit souvent les visiteurs venus se rafraîchir : avec un débit parfois très faible qui se tarit une bonne partie de l’été, le Blavet n’est pas le meilleur coin de baignade des environs. De quoi confirmer que dans le Var, la carte des rivières fraîches change vite selon la géologie et la saison, et que Châteaudouble, grâce à sa résurgence, fait figure d’exception plutôt que de règle.
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