Chaque été, le rituel est le même pour des millions de Français : l’autoroute vers le sud, la chaleur andalouse, les tapas de Séville et les plages de Malaga. L’Andalousie reste l’une des destinations les plus aimées des vacanciers français. Mais quelque chose a changé. Ceux qui ont bifurqué vers le nord de l’Espagne, une fois, ne font généralement plus demi-tour vers le sud. L’Espagne Verte, ce ruban de côtes atlantiques qui s’étire du Pays Basque à la Galice, via la Cantabrie et les Asturies, est en train de devenir le secret le mieux gardé, et le plus partagé, de l’été européen.
À retenir
- Pourquoi 91,5 millions de touristes se retrouvent dans les mêmes endroits saturés alors qu’une côte entière respire à quelques heures de route
- Un fromage affiné en grotte de montagne et du cidre versé en l’air : découvrez la gastronomie asturienne qui retient les visiteurs
- Comment accéder à cette côte vierge depuis la France plus facilement qu’on ne l’imagine
Le sud débordé, le nord qui attend
Les mouvements hostiles au surtourisme se sont multipliés notamment à Barcelone, à Malaga, dans les îles Baléares et dans l’archipel des Canaries. Les manifestants dénoncent la congestion des infrastructures, la pollution, les nuisances sonores, mais aussi et surtout la flambée des loyers, alors que de nombreux propriétaires de logements se tournent vers la location touristique, nettement plus rentable. En Andalousie même, des quartiers comme l’Albayzín à Grenade et le Santa Cruz à Séville ont vu leurs loyers tripler, et connaissent une détérioration en raison d’une forte augmentation des locations touristiques.
Le chiffre est vertigineux : entre janvier et novembre 2025, l’Espagne a frôlé 91,5 millions de visiteurs internationaux. Ce flux colossal s’écoule massivement vers les mêmes pôles, les mêmes plages, les mêmes ruelles Instagram-ifiées. La plupart des gens qui voyagent en Espagne se retrouvent dans le sud pour profiter des plages ensoleillées de la Costa del Sol et du patrimoine mauresque de l’Andalousie, ou dans les grandes villes comme Madrid et Barcelone. Pendant ce temps, le nord respire, et attend.
Le contraste climatique joue aussi son rôle. Là où les 40°C de l’intérieur andalou font fuir même les habitués en juillet et août, l’Espagne Verte offre des étés qui ne sont pas trop chauds, des hivers pas trop froids et un printemps précoce. Le climat de la Cantabrie, doux et humide, est comparable à celui de la Bretagne, ce qui, pour un Français, n’est pas une mauvaise nouvelle : on sait gérer.
Quatre régions, un seul horizon vert
L’Espagne Verte rassemble quatre régions traversées de plages sauvages, de villages pleins de charme, de grands parcs naturels et de Réserves de biosphère, sur le chemin inoubliable de Saint-Jacques du Nord, à travers la Galice, les Asturies, la Cantabrie et le Pays Basque. C’est une géographie de contrastes radicaux : les montagnes plongent dans la mer, les forêts longent les falaises, et les villages de pêcheurs n’ont pas encore cédé à la muséification.
La Cantabrie en est peut-être l’entrée la plus accessible depuis la France. Région de l’Espagne Verte, la Cantabrie déroule ses paysages variés entre le bleu intense de la mer Cantabrique et les reliefs escarpés des Pics d’Europe. Cette communauté autonome séduit par la richesse de son patrimoine, où se côtoient des grottes préhistoriques uniques, des villages médiévaux préservés et une architecture élégante. Avec plus de 60 plages de sable fin, des parcs naturels et une gastronomie réputée, la Cantabrie offre une expérience complète, entre nature, culture et détente.
Parmi les étapes à ne pas manquer, Santillana del Mar s’impose d’emblée. Églises romanes, demeures baroques et maisons-tours en pierre, reliées par de sinueuses ruelles pavées, font de ce bourg médiéval l’un des plus charmants de la Cantabrie. Tout près, la grotte d’Altamira, surnommée la « chapelle Sixtine de l’art rupestre » et classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, abrite des peintures paléolithiques d’un réalisme saisissant. L’original est inaccessible pour préserver les œuvres, mais la réplique installée dans le musée attenant est d’une précision bluffante.
Vers l’ouest, les Asturies prennent le relais avec une sauvagerie encore plus marquée. La côte atlantique des Asturies est une véritable merveille pour les yeux. Il est toujours difficile de faire un choix et parcourir le littoral en voiture en met plein la vue. Le parc national des Picos de Europa s’impose comme l’un des joyaux naturels des Asturies, ses sommets culminant à plus de 2 500 mètres dominant des vallées verdoyantes où paissent des troupeaux de vaches. Les lacs de Covadonga, perchés à plus de 1 000 mètres d’altitude, ont quelque chose d’irréel quand la brume du matin s’y accroche.
Plus à l’est, le littoral situé entre San Sebastián et Bilbao est classé Réserve de la Biosphère par l’UNESCO. Les paysages y sont impressionnants, entre falaises abruptes et marais salants où l’on peut observer une grande quantité d’oiseaux migrateurs. La région abrite des sites comme Bermeo, Guernica, mais aussi San Juan de Gaztelugatxe, célèbre pour avoir été un lieu de tournage de la série Game of Thrones. Ce dernier, un ermitage perché sur un rocher relié à la côte par un escalier de 241 marches, a désormais son système de réservation en ligne tellement la demande a explosé.
La gastronomie, argument massue
Ce qui retient définitivement ceux qui découvrent le nord, c’est souvent la table. La gastronomie basque est déjà mondialement connue, les pintxos, la densité de restaurants étoilés autour de San Sebastián. Mais les Asturies ont leurs propres arguments, moins médiatisés et peut-être plus séduisants pour ça.
Le cidre est un produit phare de la gastronomie asturienne. Avec leurs plus de 70 pressoirs, les Asturies représentent 80 % de la production nationale, soit plus de 40 millions de bouteilles de cidre par an. La culture du cidre, ici, est une affaire sérieuse : on le verse de haut, bras levé, pour l’oxygéner, et on l’avale d’un trait. Dans les sidrerías d’Oviedo ou de Gijón, ce rituel se répète des dizaines de fois par soir avec une précision quasi chorégraphique.
Côté fromage, les Asturies constituent un cas à part en Europe. On trouve quatre appellations d’origine dans les Asturies : Cabrales, Gamonéu, Casín et Afuega’l pitu, ainsi qu’une indication géographique protégée, Beyos. Le fromage Cabrales, affiné dans les grottes naturelles des Picos de Europa, développe des saveurs puissantes et complexes grâce aux moisissures naturelles. Un fromage affiné en grotte de haute montagne, transporté à dos d’homme sur des sentiers de pierres : difficile de faire plus artisanal. Et côté assiette, la fabada, plat emblématique des Asturies, se compose de haricots blancs mijotés avec du chorizo, du boudin noir et du lard, un ragoût généreux qui réchauffe les corps après une journée de randonnée en montagne.
Comment y aller, concrètement
Le nord de l’Espagne reste plus accessible qu’on ne le croit depuis la France. L’aéroport de Santander dessert de nombreuses villes européennes, avec notamment une ligne directe Paris-Santander qui présente des tarifs très intéressants. Bilbao dispose d’un aéroport international avec de nombreuses liaisons françaises. Pour ceux qui préfèrent la route, l’autoroute côtière longe la mer de bout en bout et est, à elle seule, un spectacle.
La Cantabrie change de ton sans changer de cap. Plus brute, plus contrastée, elle enchaîne falaises vertigineuses, plages battues par les vents et villages figés dans une autre époque. Et en arrière-plan, les reliefs des Picos de Europa viennent rappeler que la montagne n’est jamais loin. Pour les amateurs de surf, des spots reconnus comme Somo, Loredo ou Berria attirent les pratiquants, et la Cantabrie compte quatre réserves de surf officielles.
Un détail que peu de guides mentionnent : le train touristique Transcantábrico traverse toute l’Espagne Verte : Pays Basque, Cantabrie, Asturies et Galice. Train de luxe le plus célèbre d’Espagne, le Transcantábrico fait le trajet une fois par semaine dans chaque direction pendant la saison touristique. Les trains sont comme des hôtels de luxe sur rails, mettant une semaine pour aller de Saint-Sébastien à Saint-Jacques-de-Compostelle. Une façon très différente de vivre l’Espagne — loin des files d’attente, des parasols serrés et de la Costa del Sol saturée.
Sources : fr.news.yahoo.com | touteleurope.eu