J’ai découvert cette Riviera par hasard : je ne retournerai plus jamais en Croatie

La mer est d’un turquoise presque indécent. Les falaises calcaires plongent directement dans l’Ionien. Et à l’horizon, l’île de Corfou flotte comme un mirage. Bienvenue sur la Riviera albanaise, la destination que des milliers de voyageurs européens ont découverte par accident ces dernières années, souvent à la suite d’un détour depuis la Grèce ou d’un billet d’avion bon marché vers Tirana. Et qui, pour beaucoup, a rendu la Croatie définitivement trop chère, trop bondée, trop prévisible.

À retenir

  • La Croatie a suivi le chemin de Barcelone : popularité extrême et prix parisiens
  • L’Albanie offre aujourd’hui ce que la Croatie était il y a 15 ans : beauté sauvage à prix doux
  • Mais attention : les prix grimpent de 20% par an, la fenêtre se referme

Ce que la Croatie est devenue

La région adriatique de la Croatie est officiellement la destination la plus populaire de l’UE auprès des vacanciers. Entre juin et fin septembre 2025, elle a enregistré 34 millions de nuits réservées sur Airbnb, Booking et Expedia. Un record. Mais derrière ce chiffre flatteur se cache une réalité que tout voyageur un peu attentif a ressentie depuis quelques étés : la Croatie s’est mue en produit de luxe.

Depuis l’adoption de l’euro et l’intégration à l’espace Schengen, les prix à Dubrovnik rivalisent désormais avec ceux de Paris. Un dîner correct au poisson y coûte entre 25 et 50 euros par personne, et un appartement à Hvar ou Dubrovnik en juillet peut facilement atteindre 150 à 250 euros la nuit. Dubrovnik reste la destination la plus prisée de la région, une popularité alimentée par son statut UNESCO et sa reconnaissance mondiale comme lieu de tournage de Game of Thrones. Ce qui était autrefois un avantage est devenu un piège : la ville croule sous les croisiéristes, les remparts se visitent en file indienne, et l’authenticité qu’on venait chercher s’est diluée dans le commerce de masse.

La Croatie était encore abordable jusqu’en 2018. Depuis, elle a suivi la même trajectoire que Barcelone ou Santorini avant elle : la popularité a fait monter les prix, les prix ont transformé la clientèle, et la clientèle transformée a définitivement changé l’ambiance.

La Riviera albanaise : ce que la Croatie était il y a quinze ans

Entre Vlorë au nord et Sarandë au sud, sur environ 120 à 130 kilomètres de côte ionienne, se succèdent des criques d’un turquoise irréel, des plages de galets blancs immaculés, des falaises calcaires plongeant dans une mer d’une transparence cristalline, et des villages de pêcheurs encore peu touchés par le tourisme de masse. La comparaison avec la Croatie des années 2000 saute aux yeux de quiconque a connu les deux.

L’Albanie vit exactement ce que la Croatie a connu entre 2005 et 2015 : découverte par les voyageurs aventuriers, puis buzz grandissant sur les réseaux sociaux, et enfin explosion des prix. La fenêtre est donc ouverte, mais elle se referme. L’Albanie a enregistré une hausse de fréquentation de 80 % en 2024 selon l’Organisation mondiale du tourisme, et les recettes touristiques ont franchi le cap des 874 millions d’euros sur le seul premier trimestre 2025.

Le contraste budgétaire reste, pour l’instant, saisissant. L’Albanie reste 30 à 50 % moins chère que la Grèce ou la Croatie pour des plages, une nourriture et des hébergements comparables : les repas au restaurant se situent entre 5 et 15 euros contre 20 à 40 euros ailleurs, les bons hôtels entre 40 et 80 euros contre 100 à 200, et le café entre 0,50 et 1 euro contre 3 à 5. Un Airbnb à Saranda avec vue mer et climatisation se loue autour de 32 euros la nuit, contre 85 à 90 euros pour l’équivalent en Croatie.

Les pépites concrètes de la Riviera

Ksamil, surnommée les « petites Maldives albanaises », fascine avec ses quatre îlots accessibles à pied depuis la plage. Plus au nord, Dhërmi concentre l’énergie festive de la Riviera, tandis que Himarë conserve un caractère de village de pêcheurs encore authentique. Mais la grande révélation reste souvent la crique de Gjipe, accessible en bateau ou après une marche de 25 à 30 minutes depuis le parking, encadrée par de hautes falaises, avec une eau cristalline et une atmosphère presque sauvage.

L’Albanie ne se réduit pas à ses plages. Berat et Gjirokastër sont classées au patrimoine mondial de l’UNESCO pour leur architecture ottomane unique, et Butrint, site archéologique grec et romain, combine parc national et patrimoine UNESCO au sud du pays. L’anecdote qui résume tout : à 35 km de Gjirokastër, l’Œil Bleu est une source karstique aux eaux d’un bleu surnaturel permettant de voir à plus de 50 mètres de profondeur. Des plongeurs sont descendus sans jamais toucher le fond. Cette couleur cyan-turquoise n’existe nulle part ailleurs en Europe.

Pour les Français, la logistique s’est franchement simplifiée. Rejoindre Tirana n’a jamais été aussi simple, avec environ 2h45 de vol depuis Paris. Ryanair a ouvert quatre nouvelles liaisons vers Tirana depuis des villes françaises. Et pour les séjours inférieurs à 90 jours, les Français peuvent entrer sur le territoire albanais avec une simple carte d’identité nationale.

Une fenêtre qui se referme : y aller maintenant ou payer double

La Riviera albanaise n’est pas sans nuances. Des voyageurs expérimentés notent que Ksamil peut devenir claustrophobe en juillet-août, les plages bondées avec des transats laissant peu d’espace. Pour la beauté de l’Albanie sans la foule, il vaut mieux se diriger vers Gjipe, Himarë ou Dhërmi. En juillet et août, le sud de l’Albanie peut atteindre 34 à 38 °C sur la Riviera. Les voyageurs avertis privilégient juin et septembre : la mer est chaude, le soleil généreux et la fréquentation nettement plus douce.

Les petits villages côtiers construisent des hôtels à vitesse grand V, et les prix grimpent de 20 % par an sur la Riviera. Le prix moyen d’une nuit en front de mer sur la Riviera albanaise a augmenté de +67 % entre 2023 et 2026. Le cycle est enclenché, il ne s’arrêtera pas. Ceux qui ont connu la Grèce avant Instagram, le Portugal avant 2020, ou la Croatie avant l’euro savent exactement comment cette histoire finit. L’Albanie est précisément là où en était la Croatie au début des années 2010 : sublime, accessible, et à quelques saisons de devenir ce qu’elle a fui.