Adieu les balades glamour sur les rives du lac de Côme, théâtre de fugues amoureuses depuis des décennies. En Italie, le vent tourne, déplaçant les rêves d’escapades en duo vers un autre écrin d’eau et de collines : le lac de Garde. Moins mondain, plus sauvage, tout aussi riche en charme, ce “frère du nord” attire désormais couples français et voyageurs venus chercher un mélange inédit d’authenticité et d’élégance méditerranéenne.
À retenir
- Un basculement discret mais réel vers un lac plus sauvage et authentique.
- Des paysages alpins et méditerranéens qui invitent à l’évasion et aux activités outdoor.
- Une ambiance détendue, loin du faste ostentatoire des lieux trop fréquentés.
Un afflux discret mais réel : changement d’ère sur le lac de Garde
Les chiffres du tourisme italien publiés fin 2025 ont confirmé la tendance : la fréquentation du lac de Garde a bondi – notoire chez les visiteurs venus d’Europe de l’Ouest, Français en tête. Cet engouement dépasse l’effet de mode. Alors que Côme occupait la place de symbole du romantisme un brin ostentatoire, Garde séduit par ses contrastes. Surplombé par les reliefs alpins, bordé d’oliveraies, le plus grand lac d’Italie s’étire entre trois régions (Lombardie, Vénétie, Trentin-Haut-Adige) et une vingtaine de villages disséminés sur ses rives.
Pourquoi les couples, parfois las du tape-à-l’œil “comme à Hollywood” de Côme, posent-ils leurs valises ici ? L’atmosphère y est plus détendue, moins soumise à l’exubérance des palazzi de la jet-set. Plutôt que de jouer la carte de l’exclusivité inaccessible, Garde a su inventer une convivialité élégante, loin des circuits balisés par les guides “spécial mariage de stars”. Certains villages, comme Sirmione ou Malcesine, cultivent cette douceur de vivre et un romantisme discret. Les rues pavées, les terrasses à l’ombre des lauriers, la lumière rasante en fin de journée : même les adeptes de slow travel tombent sous le charme.
Un territoire aux mille visages : héritages, nature et sensations fortes
À la différence de Côme, resserré et feutré, Garde ouvre des perspectives spectaculaires. Le soir venu, le lac ressemble à une mer intérieure, animée par les reflets changeants des montagnes qui semblent plonger dans l’eau. Cette géographie a dessiné la culture d’une région éclectique, fière de ses influences croisées. On se sent loin des clichés “dolce vita figée” : ici, les traditions culinaires du nord voisinent avec l’éclat des fruits méditerranéens, et les randonneurs croisent parfois, au détour d’un sentier, d’antiques citadelles vénitiennes.
L’évasion ne se limite pas au décor. Depuis les années 2020, le développement d’activités en plein air a transformé le lac en terrain de jeu pour couples aimant se dépasser : randonnées jusqu’aux villages perchés, sorties en paddle, sessions de parapente au-dessus du Monte Baldo… Les plus contemplatifs optent pour les croisières en voilier ou les bains thermaux historiques de Sirmione. Difficile de ne pas évoquer l’anecdote qui circule parmi les habitants : en 2024, un couple d’Allemands aurait passé sa “lune de miel multi-sport” en cumulant baignades matinales, randonnée sur la via ferrata locale et farniente dans un antique jardin de citronniers sur la rive est. Récit devenu viral sur les réseaux sociaux germaniques.
L’attrait d’un romantisme pluriel, loin des foules
Le lac de Garde ne joue pas le jeu des clichés figés. C’est peut-être sa force. Les hôtels de charme alternent avec les agritourismes où déguster un vin local au soleil couchant. Dans les ruelles de Lazise, les couples francophones croisent des familles italiennes venues profiter de l’atmosphère villageoise. Loin de la course à la table la plus cotée, le dîner se partage face à l’eau, souvent plus simple, parfois accompagné d’un verre de Bardolino.
Autre détail qui fait mouche auprès des voyageurs venus de France ou de Suisse : la facilité d’accès. Les trains relient désormais Milan ou Vérone à la rive sud, tandis que des pistes cyclables sillonnent les alentours pour se glisser de village en village. Ce goût d’évasion immédiate, en laissant la voiture derrière soi, pèse de plus en plus dans la balance. Il y a là une forme de luxe contemporain, recherché aussi par le public jeune : la liberté, mais sans le stress de la réservation à tout prix.
Il serait tentant d’opposer frontalement Côme et Garde, or la réalité est plus nuancée. L’évolution des usages, le désir d’expériences singulières et l’attention à l’environnement redessinent les contours du romantisme à l’italienne. Si la région de Garde, plus vaste et moins saturée, absorbe cet afflux nouveau sans perdre sa personnalité, c’est aussi grâce à un tissu local qui parie sur la qualité plus que sur la quantité.
Et la France dans tout ça ?
Ce transfert de popularité n’est pas sans écho chez les professionnels hexagonaux du voyage. L’influence des habitudes françaises sur la scène touristique du nord de l’Italie se traduit par une multiplication des offres adaptées : séjours “gastronomie et patrimoine”, circuits à vélo en duo ou escapades bien-être pour courts week-ends. Certains voyagistes avancent que le lac de Garde devient même une alternative aux destinations prisées du centre de la France pour les escapades de dernière minute.
L’Europe du sud redessine sans cesse ses cartes du romantisme. Devant la montée en puissance de Garde, une question s’impose : combien de temps ce nouveau refuge gardera-t-il son visage paisible, avant d’être à son tour happé par le succès ? Un équilibre subtil à trouver, pour que le charme demeure plus fort que la célébrité.