Ces destinations menacées de disparition : notre sélection pour les découvrir avant qu’il ne soit trop tard

Venise, les Maldives, la grande barrière de corail… Les images de ces lieux mythiques hantent les albums de voyage et les réseaux sociaux. Pourtant, derrière les cartes postales se cache une réalité beaucoup moins idyllique : nombre de destinations emblématiques vacillent aujourd’hui sur leur équilibre. Leur vulnérabilité ne se joue plus sur des décennies mais souvent sur quelques années. Tourisme, changement climatique, urbanisation, conflits : la liste des menaces paraît sans fin. Tour d’horizon de ces sites en sursis, et des histoires qu’ils racontent.

À retenir

  • Ces merveilles du monde vacillent entre survie et disparition imminente.
  • Le tourisme de masse accélère le déclin de sites autrefois intemporels.
  • Comment concilier exploration et préservation face à l’urgence climatique ?

Quand la carte du monde se brouille

Les cartes des agences de voyage semblent immuables, pourtant, certains traits géographiques s’estompent. Venise, par exemple, doit sa célébrité à ses canaux et à l’élégance mélancolique de ses palais. Mais la Sérénissime s’enfonce lentement : chaque année, les hautes eaux – l’acqua alta – gagnent en intensité, rendant les places encore plus vulnérables. Le réchauffement climatique accentue l’érosion et fait monter la mer Adriatique. Les chiffres du Centro Previsioni e Segnalazioni Maree, basé à Venise, évoquent une augmentation du niveau marin d’environ 30 centimètres au cours du siècle dernier. L’impact est tangible : la basilique Saint-Marc a plusieurs fois été submergée depuis 2019, du jamais vu depuis sa construction il y a mille ans.

Cap au sud, aux Maldives. Plus de mille deux cents îles parsèment l’océan Indien. Elles constituent un paradis pour les amateurs de plages et de plongée. Mais cette splendeur repose sur un équilibre fragile : la majorité du territoire se situe à moins de deux mètres au-dessus du niveau de la mer. Les scientifiques du GIEC avertissent que si la hausse des océans se poursuit au rythme actuel, l’archipel pourrait devenir inhabitable avant la fin du siècle. Face à l’urgence, le pays tente de créer des îles artificielles, une course contre la montre dont l’issue reste incertaine.

Fragiles merveilles naturelles

Quitter l’eau, c’est pénétrer dans d’autres mondes menacés. Au nord de l’Australie, la Grande Barrière de corail étend ses 2300 kilomètres, visible depuis l’espace. La surpêche, le tourisme de masse mais surtout l’acidification des océans ont déjà causé la disparition de près de la moitié du corail depuis 1995, d’après une étude publiée en 2020 dans la revue Proceedings of the Royal Society B. Le blanchissement spectaculaire observé les étés les plus chauds n’est que la partie visible d’un processus complexe, où la hausse des températures marines compromet l’équilibre de tout un écosystème, mettant en péril des milliers d’espèces – et l’économie de la région.

Les glaciers, eux, n’attendent plus pour fondre. En Europe, la Mer de Glace à Chamonix, autrefois décor du grand tourisme alpin, a reculé de 700 mètres en quarante ans. Les visiteurs d’aujourd’hui peuvent encore prendre le petit train rouge pour observer le glacier, mais il faut désormais descendre 500 marches supplémentaires pour atteindre la glace, là où une simple promenade suffisait dans les années 1980. À chaque station, des panneaux indiquent l’année où le glacier s’avançait jusque-là – trace silencieuse d’un monde qui s’efface.

Trésors culturels sous pression

Le patrimoine culturel n’est pas épargné. Les murailles de Machu Picchu, perchées dans les nuages andins, voient affluer chaque année plus d’un million de visiteurs, d’après le ministère péruvien de la Culture. L’érosion des sentiers, la pollution et l’humidité menacent la stabilité des pierres centenaires. Le site a d’ailleurs été fermé temporairement à plusieurs reprises pour tenter de limiter les dégâts. Les villages bâtis à flanc de montagne dans la région participent aussi à cet équilibre fragile : les habitants, dont la vie repose sur l’agriculture en terrasses, cherchent à conjuguer modernité et traditions dans un contexte de fragilité géologique accrue.

À l’autre bout du globe, Pétra, la cité antique de Jordanie, subit le double impact d’un climat aride et de l’afflux touristique. Les tombes sculptées dans le grès subissent l’érosion, tandis que la croissance de la région oblige à arbitrer entre préservation et prospérité économique. Le paradoxe est cruel : plus la célébrité d’un lieu grandit, plus les dangers qui le guettent augmentent, à moins d’une gestion fine et collective.

Choisir sa trace : tourisme ou engagement ?

Partir à la découverte de ces lieux, est-ce encourager leur disparition ou témoigner de leur beauté fragile ? La question se pose différemment selon les acteurs. Face au surtourisme, de plus en plus de destinations expérimentent des quotas, des tarifs différenciés selon la saison, voire des fermetures temporaires. Dubrovnik, par exemple, a limité le nombre de croisiéristes quotidiens en 2025, avec des résultats notables sur la fréquentation des remparts et la satisfaction des habitants, selon la mairie de la ville. D’autres sites, à l’image de l’Antarctique, misent sur un contrôle très strict du nombre de voyageurs – moins de 100 touristes débarqués simultanément sur une île, selon les règles fixées par l’Association internationale des voyagistes antarctiques.

Pour les visiteurs français, l’enjeu n’est pas anodin. Voyager dans un site menacé, c’est aussi s’interroger sur sa propre empreinte. Les alternatives au tourisme de masse se multiplient : saisonnalité, séjour plus long et moins rythmé, participation à des projets locaux de protection. Certains voyageurs choisissent même d’intégrer des chantiers de restauration ou des parcours éducatifs, véritable antidote à la consommation d’images éphémères.

Il y a un effet boule de neige : chaque geste compte, mais aussi chaque prise de conscience. À l’instar du tableau d’Hokusai montrant la vague déferlante, nos choix individuels, répétés mille fois, dessinent peu à peu la silhouette d’un monde où ces merveilles resteront accessibles – ou appartiendront aux livres d’histoire. Faut-il se presser de voir ces destinations avant qu’elles ne basculent vers l’oubli ? Ou repenser notre façon de voyager pour qu’elles ne disparaissent pas du tout ? Les années et les choix futurs écriront la prochaine carte du voyage.