En montant dans la voiture couchette du Nightjet à la gare de l’Est, direction Vienne, une chose m’a sauté aux yeux : je n’étais pas seule dans mon compartiment, loin de là, et surtout, je n’avais pas la moindre idée du sexe ni de l’âge de mes cinq compagnons de nuit. J’avais coché « couchette » sur le site de réservation, persuadée de m’offrir une version modeste mais intime du voyage. Ce que je n’avais pas anticipé, c’est que cette case cachait un compartiment mixte de six lits superposés, sans possibilité de choisir avec qui je partagerais huit heures de sommeil.
À retenir
- La case « couchette » masque une réalité bien différente de ce qu’on imagine
- Un filtre discret permet d’éviter la mixité du compartiment, mais il faut le connaître
- La ligne Paris-Vienne ferme définitivement en décembre 2025 faute de subventions
La case « couchette » cache plus de choix qu’il n’y paraît
Sur les plateformes de réservation Nightjet, l’offre se décline en trois familles bien distinctes, et la différence entre elles change radicalement l’expérience à bord. L’ÖBB Nightjet a trois catégories principales. La voiture assise est l’option la moins chère, adaptée aux voyageurs soucieux de leur budget, mais seulement modérément confortable pour une nuit complète. Vient ensuite la couchette, celle que j’avais choisie : catégorie intermédiaire solide, on y voyage allongé, on reçoit de la literie et un petit-déjeuner simple, particulièrement utile pour les familles, les groupes et les voyageurs qui veulent voyager moins cher sans passer la nuit assis. Enfin, la voiture-lits reste la plus onéreuse mais la plus confortable, avec un vrai lit, plus de calme et de service ; en version Standard, un lavabo dans le compartiment, en version Deluxe, une douche et des toilettes privées.
Le piège, c’est que rien sur l’interface de réservation ne prévient clairement que la couchette, contrairement au wagon-lit, se partage systématiquement avec des inconnus. Dans le train de nuit Nightjet, il est possible de voyager en compartiment de places assises, en couchette de 4 ou 6, ou en cabine pour 1 à 3 personnes, et pour les compartiments couchettes et sièges, des toilettes et lavabos communs sont situés aux extrémités des voitures. À moins de payer le supplément pour privatiser l’espace, on tire au sort ses voisins de couchette parmi tous les autres passagers du train, hommes, femmes, familles, solo travellers confondus.
L’option que je n’avais pas cochée : le compartiment non-mixte
Il existe pourtant une parade, discrète et facile à manquer au moment de payer. Les compartiments couchette réservés aux femmes voyageant seules peuvent être réservés. Ce filtre « femmes uniquement » se cache généralement dans un menu déroulant secondaire, loin du choix principal entre siège, couchette et wagon-lit. Ne pas l’activer, comme cela m’est arrivé, revient à accepter par défaut la mixité totale du compartiment, sans jamais avoir vraiment décidé de ce choix.
La couchette centrale, celle qu’on m’avait attribuée, ajoute sa propre dose d’inconfort logistique : impossible de s’asseoir sans se cogner la tête, et chaque montée ou descente nocturne réveille inévitablement les deux voisins du dessus et du dessous. Le petit-déjeuner, lui, tient sa promesse : des petits-déjeuners sont inclus pour les passagers qui voyagent en couchette et en cabine. Mais côté connectivité, aucune surprise agréable à espérer : le wifi n’est malheureusement pas encore disponible sur les trains Nightjet. Autant prévoir son roman de gare ou son offline playlist avant de monter à bord.
Une ligne qui n’existe déjà plus
Ce voyage, je ne pourrai plus le reproduire à l’identique. La compagnie autrichienne a annoncé fin septembre 2025 l’arrêt des liaisons Paris-Vienne et Paris-Berlin, privant la France de ses seules dessertes nocturnes vers l’étranger à partir du 14 décembre 2025. La ligne vers Vienne avait pourtant trouvé son public : le taux d’occupation atteignait en moyenne 70 % en 2024 selon la SNCF, et 36 000 voyageurs avaient emprunté cette liaison la même année. Insuffisant pour convaincre l’État de maintenir son soutien financier.
Le nerf de la guerre reste, sans surprise, budgétaire. Les trains de nuit exigent davantage d’agents à bord, notamment lors du franchissement des frontières, qui impose de changer locomotive et équipage, et cette offre n’est pas viable économiquement sans subvention de l’État, selon SNCF Voyageurs. Une ironie amère pour une liaison lancée en grande pompe : après l’arrêt des lignes Paris-Venise et Hendaye-Lisbonne en 2020, cette ligne internationale Paris-Vienne avait été la première à être relancée, en décembre 2021. Quatre ans de service, à peine, pour ce symbole du retour du train de nuit en France.
Comment rejoindre Vienne sur les rails aujourd’hui
La bonne nouvelle, c’est que le rail vers l’Autriche n’a pas totalement disparu, il s’est juste déplacé plus à l’est. Le détour le plus fiable passe désormais par la Suisse : le TGV Lyria relie Paris à Zurich en environ 4 heures, puis on embarque à bord du Nightjet vers Vienne, qui part en fin de soirée pour une arrivée vers 7h50-8h00 le lendemain matin, et ce Nightjet circule tous les jours. Mieux encore pour les amateurs de confort récent : depuis le 15 juin 2026, cette liaison roule avec du matériel Nightjet nouvelle génération, mini-cabines individuelles incluses.
Ce nouveau matériel change justement la donne sur la question qui m’avait piégée à l’aller : les mini-cabines individuelles suppriment le problème du compartiment mixte imposé, puisqu’on y voyage seul, verrou fermé. Un luxe qui a un prix, mais qui répond directement à ce qu’aucune case à cocher ne précisait clairement sur l’ancienne génération de voitures. Avant de réserver une couchette sur n’importe quel Nightjet aujourd’hui, mieux vaut donc vérifier systématiquement le type de matériel roulant annoncé sur la fiche du trajet : les rames neuves n’imposent plus le même dilemme que celui qui m’a valu une nuit blanche entre Strasbourg et Munich.
Sources : touteleurope.eu | voyagerentrain.fr