J’ai découvert ces montagnes slovaques par hasard et je ne retournerai plus jamais dans les Alpes

Personne ne m’avait prévenu. C’est en cherchant un billet d’avion pas cher pour Cracovie que les Hautes Tatras slovaques ont surgi dans mon radar, presque par accident. Trois heures de route au sud de la capitale polonaise, derrière la frontière, se cache l’un des massifs montagneux les plus spectaculaires d’Europe. Un massif que la plupart des voyageurs français ne connaissent pas, parce qu’ils repartent chaque été vers les mêmes vallées alpines bondées, les mêmes remontées mécaniques engorgées, les mêmes nuits à 200 euros la chambre.

Les Hautes Tatras sont surnommées « les plus petites hautes montagnes du monde » ou « Alpes en miniature » : sur seulement 26 kilomètres de longueur, la chaîne possède dix sommets de plus de 2 600 mètres d’altitude. Ce chiffre dit tout. Pas la longueur des Alpes qui s’étirent sur plus de 1 200 km, mais une densité de paysages alpins compressée dans un périmètre tellement resserré que tout y semble plus intense, plus vertical, plus sauvage. Les Tatras sont un paradoxe positif : peu étendues, élevées sans atteindre les altitudes alpines, elles n’en sont pas moins, par leur verticalité, leur mouvement, leur naturel, l’une des plus belles montagnes d’Europe. Et l’une des plus spectaculaires aussi, tout en étant accessible.

À retenir

  • Comment 10 sommets de 2 600m+ entassés sur 26km créent une expérience alpine plus intense que les Alpes
  • Quelle espèce animale endémique des Tatras n’existe nulle part ailleurs sur Terre
  • Pourquoi les sentiers des Tatras restent préservés là où les pistes alpines craquent sous les foules

Un terrain de jeu protégé jusqu’à l’os

Les Hautes Tatras sont un massif montagneux situé dans la chaîne des Tatras, à la frontière de la Slovaquie et de la Pologne. Ces montagnes sont classées « réserve de biosphère » par l’Unesco. Ce statut n’est pas un détail de brochure. Il explique l’état de préservation exceptionnel du terrain : pas d’urbanisation sauvage, peu de constructions hors des zones délimitées, des sentiers gérés avec une rigueur qui tranche radicalement avec la liberté parfois anarchique qu’on trouve en Autriche ou en Suisse.

Le parc offre 600 km de sentiers pédestres et 16 pistes cyclables balisées et entretenues. Côté faune, la liste donne le vertige. Les mammifères du parc comprennent le chamois endémique des Tatras, qui est une espèce en danger critique d’extinction de l’UICN. Les autres mammifères comprennent l’ours brun, le lynx (40 environ), la martre, le loup (environ 20), le cerf élaphe (450) et la marmotte alpine. Voir un chamois des Tatras en randonnée, c’est croiser une sous-espèce qu’on ne trouve nulle part ailleurs sur Terre. Difficile de trouver l’équivalent sur les pistes de Chamonix.

On y trouve des vallées verdoyantes, entre 700 et 800 m d’altitude, de denses forêts de hêtres ou de sapins des Carpates, des étendues de pin mugo, des prairies d’altitude et, à partir de 2 000 m jusqu’aux sommets, des sols pierreux parsemés de lacs de montagne. On peut passer par ces cinq écosystèmes en une seule randonnée de quelques heures. Cinq étages de végétation en une matinée de marche. Cette densité d’expériences est proprement rare.

Des randonnées taillées pour tous les niveaux, des paysages pour personne en particulier

Le sentier de la Magistrala longe la crête principale des Hautes Tatras sur des kilomètres, en balcon permanent sur les vallées glaciaires. Le Sentier des Cinq Lacs de la Vallée est un des circuits les plus prisés des Tatras, qui emmène à travers les paysages les plus spectaculaires de la région, marqués par des lacs glaciaires d’un bleu cristallin nichés dans des vallées verdoyantes. En chemin, vous aurez l’occasion de voir des chamois, des marmottes et, avec un peu de chance, des aigles royaux. Les cinq lacs glaciaires, chacun ayant son propre caractère et sa propre couleur, constituent les points culminants de cette randonnée.

Pour les plus aguerris, l’ascension du mont Rysy est une option incontournable. Culminant à 2 503 mètres, le mont Rysy est le point culminant des Tatras slovaques et offre des vues panoramiques à couper le souffle sur les montagnes environnantes. Detail croustillant : ce sommet marque aussi la frontière avec la Pologne, et par temps clair, le panorama révèle une vue sur le lac Morskie Oko, célèbre pour sa légende selon laquelle un tunnel souterrain le relierait à la mer Adriatique.

Ce qui frappe, c’est la logistique impeccable. Les Hautes Tatras de Slovaquie sont extrêmement bien desservies par les transports en commun. Ce petit train de montagne fait de nombreux arrêts : le moindre hameau de montagne possède sa petite gare, ce qui est plutôt génial pour varier les plaisirs des randonnées. L’accessibilité des Hautes Tatras est un vrai plus. Poprad, la ville principale, est reliée par avion à Londres et par le train à Bratislava, 330 km au sud-ouest. Depuis Poprad, en combinant chemin de fer, funiculaires et téléphériques, on peut se retrouver au milieu des montagnes en une demi-heure, ou en une heure et demie, selon la destination. Pour un Français qui vole vers Cracovie ou Bratislava, l’accès est simple et bon marché.

La vraie différence avec les Alpes : ce qui manque

Ce qui manque aux Tatras, c’est précisément ce qui écrase les Alpes en été : les foules. La verticalité du terrain concentre les paysages alpins dans un espace si compact que les sentiers restent relativement préservés, même si la fréquentation monte. Quand il s’agit d’aventures en montagne, l’Europe a bien plus à offrir que les Alpes. Évidemment, on aime les Alpes, mais parfois, il est agréable de faire quelque chose de différent. L’un de ces joyaux de montagne est les Hautes Tatras. À cheval sur la frontière entre la Pologne et la Slovaquie, cette petite mais spectaculaire chaîne de montagnes est l’un des secrets les mieux gardés d’Europe.

Il manque aussi les prix alpins. La raison pour laquelle c’est la région la plus visitée de Slovaquie n’est pas uniquement les paysages naturels : la chaleur des habitants, la cuisine traditionnelle slovaque et l’avantage tarifaire jouent aussi un rôle. Le parc impose ses contraintes en retour, et elles méritent d’être connues avant de partir. Les randonnées sont ouvertes du 15 juin au 31 octobre. Si vous randonnez avant le 15 juin ou après le 31 octobre, vous enfreignez la loi et pouvez être passible d’une amende. Le bivouac est également interdit dans l’ensemble des Tatras. Pas de nuit sauvage improvisée sous les étoiles : les refuges sont nombreux, bien répartis, et la réservation en avance est fortement conseillée en haute saison.

La Slovaquie n’est pas que ses montagnes, et un séjour dans les Tatras peut facilement s’articuler avec le reste du pays. L’imposante forteresse de Spis, non loin de Poprad, bénéficie d’une inscription au patrimoine mondial de l’Unesco, tandis qu’à quelques heures de route, la grotte de glace de Dobšiná est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ajoutez à cela Vyšné Hágy, fondée en 1890, actuellement le centre thermal le plus important des Hautes Tatras, et vous avez un voyage qui dépasse largement la simple randonnée. C’est peut-être ça, la vraie supériorité des Tatras sur les Alpes : ici, la montagne n’est pas une destination en soi. C’est l’entrée dans un pays entier qu’on n’avait pas encore vu.