Mi-avril, 20h08. Le soleil se couche à Édimbourg. Pas en plein été, pas au solstice de juin. En avril. Pendant que les Français mangent encore à la lumière du jour sur leur terrasse, les Écossais vivent la même chose, deux mois plus tôt, avec une fraction des touristes et la moitié des prix. C’est ce décalage, à la fois astronomique et économique, qui change radicalement la façon dont on devrait planifier un voyage en Écosse.
À retenir
- À Édimbourg en avril, le crépuscule dure presque trois heures de plus qu’au sud de l’Europe
- Les moustiques écossais ne font leur apparition qu’à partir de fin mai — et c’est exactement au coucher du soleil qu’ils sont les plus agressifs
- L’Écosse en juillet-août coûte le double et force à réserver un an à l’avance, contrairement au printemps
Une lumière qui n’appartient pas à l’été
La latitude de l’Écosse, placée bien au nord du reste de l’Europe, est son atout le plus méconnu. Le 10 avril, le soleil se couche à Édimbourg à 20h08, avec encore plus d’une heure de crépuscule qui suit. Le crépuscule astronomique ne prend fin qu’à 22h34, ce qui signifie qu’il fait encore clair, ou presque, jusqu’à très tard en soirée, en plein printemps. À Paris, à la même date, le soleil se couche vers 20h30 aussi, mais sans ce crépuscule interminable propre aux hautes latitudes.
Ce n’est pas un phénomène isolé au mois d’avril. Les heures de lumière du jour sont de plus en plus longues avec environ 17 heures et demie à la fin du mois de juin dans le centre de l’Écosse, et elles augmentent au fur et à mesure que l’on se déplace vers le nord. Aux latitudes situées en dessous des cercles polaires, jusqu’à environ 60° de latitude nord et sud, un autre phénomène se produit aux alentours du solstice d’été : la nuit blanche, où le Soleil, bien que couché, ne descend pas suffisamment sous l’horizon pour permettre à la nuit de devenir totalement noire. Ce phénomène est notamment observable au nord de l’Écosse. En clair, même couché sur le papier, le soleil n’a pas vraiment disparu.
La luminosité en Écosse est souvent magnifique et les jours d’été y sont nettement plus longs qu’au sud de l’Europe. On profite de la clarté jusqu’à 22h30. Mais dès avril, le spectacle est déjà là, et la plupart des voyageurs l’ignorent encore.
Avril et mai : ce que l’été ne peut pas offrir
Contrairement aux idées reçues, l’été n’est pas la période la plus sèche et elle est même moins ensoleillée que le printemps. Voilà quelque chose que l’industrie du tourisme hésite à mettre en avant. Selon les Écossais eux-mêmes, la fin du printemps serait la meilleure saison pour visiter leur pays. Pas les guides de voyage pour touristes pressés. Les gens qui y vivent.
Avril est une excellente option pour randonner, admirer la nature qui renaît et profiter de conditions correctes. On retrouve encore peu de touristes, pour une expérience authentique. Les jonquilles et jacinthes parent la campagne de couleurs bigarrées, les oiseaux font résonner leur chant, les agneaux pointent le bout de leur museau. Les routes sont à nouveau praticables, les sites d’intérêt rouvrent peu à peu et, pour autant, les touristes et les moustiques ne sont pas encore de retour.
Ce dernier point mérite qu’on s’y attarde : les moustiques. À partir de fin mai, les midges, fameux moucherons écossais, font leur apparition jusqu’à la fin septembre. Ces créatures minuscules, les Culicoides impunctatus, pour les amateurs de nomenclature, sont la malédiction des randonneurs estivaux. Ils sont particulièrement agressifs à l’aube et surtout avant le coucher du soleil. Les photographes à la recherche de la meilleure lumière pour immortaliser les paysages écossais ne manqueront donc pas de les rencontrer. Ironie parfaite : l’heure magique pour photographier les lochs est aussi celle où les midges vous mangent vivant. En avril, ce problème n’existe tout simplement pas.
La question des prix et de la foule
La haute saison en Écosse se comporte comme partout ailleurs. La haute saison juillet-août voit une hausse significative des tarifs des hébergements et des vols, surtout autour des grands festivals. Août correspond au pic absolu de la saison touristique, entraînant une forte affluence sur les sites majeurs comme Édimbourg, Skye ou le Loch Ness. Attendez-vous aux tarifs les plus élevés de l’année pour les hébergements, les vols et les locations de voiture.
La forte demande impose de réserver absolument tout, hébergements, voiture, ferries pour les îles, trains intercités — plusieurs mois à l’avance, voire un an pour certains hébergements à Édimbourg. C’est une contrainte que les voyageurs de printemps ne connaissent pas. Réserver à l’avance au printemps n’est pas toujours indispensable, mais c’est fortement conseillé pour les trajets vers Skye depuis Mallaig ou vers les Hébrides.
Il pleut moins durant une année à Édimbourg qu’à Nice ou Paris. Cette donnée surprend à chaque fois. Le cliché de l’Écosse perpétuellement pluvieuse tient plus de la légende que de la météorologie. Les précipitations, souvent fines, tombent avec régularité sur l’ensemble de l’année, avec peut-être une légère pointe en décembre, janvier et… juillet. Juillet, pas avril.
Concrètement, quand partir ?
C’est la fin du printemps qui offre un compromis parfait à tous les points de vue : durée de la journée, ensoleillement, observation de la faune. En mai, l’Écosse se montre accueillante, parfait pour la randonnée, les découvertes culturelles et l’exploration des lochs. C’est l’un des meilleurs mois pour voyager, avant la ruée estivale.
Avril reste la fenêtre la plus confidentielle. Les températures y sont fraîches, à Glasgow, elles varient de 4 à 12°C en avril, mais les journées longues, les paysages encore déserts et les prix raisonnables compensent largement. Le printemps et l’automne offrent une lumière inégalée, idéale pour les photographes et amateurs de nature. Cette lumière rasante, dorée, qui traîne jusqu’à 22h malgré un coucher de soleil annoncé à 20h, n’a pas d’équivalent en été.
Un détail pratique que peu de voyageurs français anticipent : depuis le Brexit, les forfaits européens ne couvrent plus automatiquement le Royaume-Uni. Acheter une carte SIM locale à votre arrivée à Glasgow ou Édimbourg est souvent la solution la plus simple et la moins chère. Et si vous planifiez d’explorer les Highlands en voiture, la seule vraie façon de les découvrir, gardez en tête que certaines routes des Highlands sont des single track roads, des voies à sens unique avec des refuges tous les 200 mètres pour laisser passer les véhicules en sens inverse. En avril, vous aurez ces routes presque pour vous seul.
Sources : unpetitcoindecielbleu.fr | partirou.com