Collines dorées à perte de vue, villages médiévaux perchés, vignobles, truffes et mer turquoise en bonus. L’Istrie, cette péninsule croate qui s’avance dans l’Adriatique, est surnommée depuis des années la « Toscane croate ». Et le surnom n’a rien d’usurpé. Accessible en deux heures d’avion depuis Paris, elle offre à peu près tout ce que l’on cherche en Toscane, sans la foule de Florence, sans les files de cinq heures devant les Offices, et sans l’addition qui donne le vertige.
Ce n’est pas une découverte confidentielle réservée à quelques initiés. C’est simplement une destination que l’on continue de sous-estimer, coincée qu’elle est dans l’ombre de la Dalmatie, plus glamour médiatiquement parlant. Erreur.
À retenir
- Une péninsule croate qui ressemble à la Toscane mais reste largement sous-estimée par les touristes
- Des truffes blanches à prix comparables aux grands crus italiens et une gastronomie d’exception hérités de l’influence vénitienne
- Pourquoi la Toscane déçoit de plus en plus avec ses 16 millions de visiteurs annuels et ses files d’attente de 5 heures
Une péninsule à double visage
L’Istrie, péninsule en forme de cœur située au nord de la Croatie, offre une alliance entre le littoral adriatique et un arrière-pays verdoyant, avec ses kilomètres de côtes baignées par une mer transparente, ses villes chargées d’histoire et ses collines fertiles. C’est précisément cette dualité qui la rend si difficile à classer, et si facile à aimer.
D’un côté, la côte. Rovinj séduit par sa vieille ville aux ruelles pavées, dominée par l’église Sainte-Euphémie dont le campanile rappelle celui de Venise. Poreč est également une étape importante, notamment pour sa basilique euphrasienne, un joyau de l’art byzantin classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Et puis Pula, ville-musée où un amphithéâtre romain du premier siècle après J.-C. trône encore intact, face à la mer.
De l’autre côté, l’intérieur des terres. C’est là que la comparaison avec la Toscane devient presque troublante. En voyageant en Istrie, on découvre des paysages de campagne avec des champs, des oliviers et des vignobles qui font penser à la Toscane, mais aussi des villages médiévaux perchés comme Motovun et Grožnjan qui culminent à plus de 220 mètres. Motovun est un petit village où le temps semble s’être arrêté, le genre d’endroit où on se pose à la terrasse d’un café, à côté de papys croates lancés dans des discussions incompréhensibles, et où on se laisse porter par la douceur de vivre.
La gastronomie comme argument décisif
Ce qui scelle vraiment l’affaire, c’est la table. Le principal attrait de cette péninsule longtemps sous influence italienne réside dans la découverte des villages perchés de l’arrière-pays, où la gastronomie à base d’huile d’olive et de truffes a gardé une place importante. La truffe blanche d’Istrie, notamment, est une obsession locale. Motovun est réputée comme la capitale de la culture de la truffe, et les marchés de la région en regorgent à des prix qui donneraient des complexes aux vendeurs périgordins.
Les truffes blanches d’Istrie sont vendues à 2 500 €/kg, soit un prix comparable aux grands crus italiens, signe que leur réputation n’est plus un secret bien gardé dans les cercles gastronomiques européens. L’Istrie excelle en gastronomie et en qualité de ses vins, comme le malvazija, le teran et le muscat de Momjan. Le malvazija, vin blanc légèrement aromatique, se boit frais en terrasse en regardant les vignes descendre vers la mer. Difficile de faire plus toscan sans traverser les Alpes.
L’Istrie est surnommée « la Toscane croate ». Elle partage avec sa voisine le goût des vieilles pierres et l’excellence culinaire, que l’on retrouve dans ses fermes d’agrotourisme. Ces fermes, l’équivalent croate de l’agriturismo italien, proposent hébergement, repas et immersion dans un rythme de vie qui n’existe plus guère en Europe occidentale.
Pourquoi la Toscane déçoit de plus en plus
Soyons honnêtes sur ce que la Toscane est devenue. Avec ses 16 millions de visiteurs par an, Florence peut se targuer d’être une destination privilégiée des touristes. Le résultat est prévisible : il se peut que l’on doive affronter une file d’attente pendant près de 5 heures pour visiter à Florence le musée de la Galerie des Offices. La ravissante San Gimignano et ses incroyables tours se transforme en gigantesque centre commercial à ciel ouvert, avec des queues aux boutiques, aux musées, aux stands de glace.
La Toscane est victime de son succès. Sa réputation mondiale, construite sur des siècles d’art, de culture et de paysages emblématiques, en a fait une des destinations les plus prisées d’Europe. Et le prix suit logiquement : hôtels inaccessibles en haute saison, restaurants qui vivent du tourisme plutôt que de la gastronomie, routes nationales transformées en embouteillages de camping-cars.
L’Istrie, elle, n’en est pas encore là. L’Istrie n’est pas la région la plus touristique de Croatie, c’est la Dalmatie qui remporte la palme. Et si le littoral se remplit en juillet et août, cela reste relatif : on ne va pas se ruiner avec un séjour en Istrie. La plupart du temps, les dépenses correspondent au maximum à ce que l’on paierait dans une petite ville française à la campagne.
Comment s’y rendre et quand partir
L’influence vénitienne se ressent dans l’architecture des cités côtières, tandis que l’intérieur des terres, parfois comparé à la Toscane, est parsemé de villages médiévaux perchés. Cette dualité entre l’Istrie « bleue » et l’Istrie « verte » en fait une destination complète, où les vestiges romains côtoient les oliveraies et les vignobles.
Depuis Paris, plusieurs vols relient la France à Pula ou Zagreb, avec des temps de trajet autour de deux heures. Pour visiter les villages perchés de l’Istrie, une voiture est indispensable, elle permet d’être totalement indépendant et de rester le temps souhaité sur place. Un itinéraire d’une semaine permet de voir un maximum de choses : passer trois nuits vers Bale et en profiter pour découvrir le sud de la péninsule, puis quatre nuits vers Poreč pour visiter le nord de la région et le bord de mer.
La meilleure période ? Le printemps et l’automne, sans hésitation. Les collines sont vertes ou dorées, les villages respirent, les terrasses de restaurants ne débordent pas. Profondément marquée par l’Italie voisine, l’Istrie se raconte au gré de paysages maritimes et de tableaux de campagne aux allures de Toscane. On y flâne, on goûte les étals et on s’attarde dans les ruelles médiévales des villes perchées.
Une dernière chose, qui n’a l’air de rien mais change tout : en Istrie, on vous parle souvent en italien. La péninsule a longtemps appartenu à Venise, puis à l’Italie jusqu’en 1947. L’italianité des lieux n’est pas un décor plaqué pour séduire les touristes. Elle est dans les pierres, dans les menus, dans la façon dont les gens vous accueillent. C’est peut-être ça, la vraie différence avec une Toscane qui, à force d’être aimée par tout le monde, a fini par n’appartenir plus vraiment à personne.